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Start-up informatiques : razzia sur les pépites

03.03.2010

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Start-up informatiques : razzia sur les pépites

Dans le secteur du logiciel, des dizaines de PME françaises extrêmement pointues se font racheter chaque année par des entreprises étrangères, bien souvent américaines. Dans l'indifférence générale et au prix d'une préoccupante fuite des technologies. Pour quelles raisons les acteurs du software sont-ils poussés à vendre ?

  


C'est une hémorragie. Ou plutôt une véritable razzia. Polyspace Technologies, RealViz, Let it Wave : les noms de ces éditeurs de logiciels ne disent sans doute rien au grand public, mais leur histoire mériterait d'être connue. Tous les trois ont en commun d'être nés dans le cerveau de chercheurs de haut niveau -les deux premiers sont des « spin off » de l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), le troisième a vu le jour à l'X -et de receler en leur sein, à défaut de gros bataillons de salariés et de syndicalistes prêts à monter au créneau, des technologies extrêmement pointues, voire uniques au monde. Et tous les trois se sont fait racheter par des entreprises américaines.

Le cas de ces pépites n'est pas isolé. Comme elles, beaucoup d'autres de nos jeunes pousses les plus prometteuses ont choisi ces dernières années de s'adosser à une entreprise étrangère, bien souvent anglo-saxonne. Depuis le rachat en 2004 de Kelkoo -autre « Inria Baby » -par Yahoo! (qui l'a depuis revendu à un fonds d'investissement), ces prises de contrôle se sont même multipliées, témoignant de la vitalité du marché mondial des technologies. Que ce marché existe et obéisse à la loi de l'offre et de la demande, personne ne s'en offusque. Le hic, c'est que, s'agissant de la France, la balance des entrées et des sorties semble pencher fortement d'un seul côté.

Les PME ne sont évidemment pas les seules à passer régulièrement sous pavillon étranger. Les vagues de concentration successives emportent aussi des entreprises de plus grande taille, comme Business Objects -l'un de nos très rares champions nationaux -racheté par le géant SAP à l'automne 2007, GL Trade par SunGard en 2008, ou encore Ilog par IBM à la fin de cette même année. Mais, pour un éléphant qui tombe, ce sont des dizaines de gazelles qui finissent chaque année dans l'estomac des grands fauves de l'informatique mondiale. La société Truffle Capital, qui publie chaque année un classement des 100 premiers éditeurs de logiciels français, observe ces mouvements à la loupe. Rien qu'en se limitant à ce Top 100 -ce qui élimine de facto de l'écran radar bon nombre de start-up -, l'année 2007 a vu disparaître de la liste, pour cause de rachats transnationaux, 7 éditeurs ; 4 ont subi le même sort en 2008 et 2 l'an dernier. Le tissu industriel français s'en ressent. « Nous établissons chaque année un classement des régions européennes en matière de software. L'Ile-de-France arrive en 2e position derrière la Hesse, véritable Silicon Valley du Vieux Continent. Mais elle a perdu en deux ans (2008-2009), en termes de mainmise sur les sièges sociaux, quelque 1,4 milliard d'euros de chiffre d'affaires, soit le poids total de la 4e région », explique, consterné, Bernard-Louis Roques, de Truffle Capital.

De « start » à « up »
Presque toujours, ces rachats passent inaperçus et laissent la classe politique indifférente. « Même le plus gros d'entre eux, celui de Business Objects par SAP, n'a suscité aucune réaction des décideurs publics, ceux-là mêmes qui s'étaient enflammés deux ans plus tôt quand le bruit avait couru les salles de marché que PepsiCo voulait lancer une OPA sur Danone », regrette Loïc Rivière, délégué général de l'Association française des éditeurs de logiciels (Afdel). Un silence d'autant plus anormal que les technologies développées par certains de ces éditeurs sont hautement sensibles. Directeur du laboratoire d'informatique de l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm et ancien de Berkeley, Jean Vuillemin en est persuadé : il existe une volonté délibérée des Américains de ne pas laisser un concurrent étranger leur faire de l'ombre. Le landerneau informatique n'a pas oublié l'affaire Gemplus, la petite entreprise de Gémenos devenue en une dizaine d'années, au tournant du siècle, le leader mondial de la carte à puce. Beaucoup d'observateurs s'étaient alors interrogés sur les raisons profondes qui avaient poussé le fonds Texas Pacific Group à entrer au capital ; et sur les hypothétiques liens d'Alex Mandl, nommé peu après aux commandes à la place du fondateur Marc Lassus, avec la CIA.





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par Yann Verdo, Les Echos

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