L'informatique a toujours inventé des termes plus ou moins heureux, et en tout cas imagés, pour décrire les innovations de technologies, de business model ou d'usages. Dernier en date, le « Cloud Computing », ou informatique dans les nuages, a déjà fait florès. Aujourd'hui au cœur du volet numérique du Grand emprunt national, à la fois innovation de rupture et continuum logique pour notre industrie, le Cloud Computing est devenu une priorité de toute politique industrielle, car le buzz d'aujourd'hui ne saurait masquer les options stratégiques de demain.
Particulier ou entreprise, nous partageons aujourd'hui notre électricité, notre gaz, notre eau, notre téléphone...Il ne viendrait à personne l'idée de se faire construire une centrale électrique pour ses besoins propres, ce serait technologiquement et économiquement absurde ! Il en va autrement de notre informatique que nous consommons aujourd'hui de façon individuelle, stockant nos données et logeant notre puissance de calcul dans nos ordinateurs personnels, car tel est leur nom...
Aussi abstrait que la production d'électricité
Cela pourrait changer, cela est en train de changer, et demain nous pourrions consommer de l'informatique comme on consomme une Utility, c'est-à-dire des ressources et un service associé qui soient mutualisés, mais flexibles, disponibles 24 heures sur 24, simples à l'usage mais finalement assez abstraits. Une informatique à la demande, reposant alors sur une infrastructure externalisée composée de centres de calcul (ou datacenters) géants et distribuée via des plates-formes de services partagés : une informatique dans les nuages... Voilà ce que pourrait être le Cloud Computing ou encore le Utility computing (selon l'appellation de l'essayiste américain Nicholas Carr), terme que nous lui préférerions aussi pour l'analogie avec les réseaux électrique ou d'eau qu'il emporte.
Le Cloud Computing annonce ainsi la fin d'une ère de l'informatique - celle des systèmes d'informations juxtaposés, de façon parfois chaotique au sein de l'entreprise - et le début d'une autre - l'avènement de nouveaux services numériques disponibles en tout lieu, à la demande, et pour toute organisation, quelle que soit sa taille.
Une occasion de rebattre les cartes pour l'Europe
Ce déplacement progressif de l'informatique vers les réseaux et les centres de données va rendre notre rapport à l'informatique de plus en plus abstrait, loin des machines et des infrastructures, laissant ainsi toute sa place à l'usage. Car si le Cloud Computing est évidemment aussi une révolution des infrastructures informatiques (avec le concept de IAAS, Infrastructure as a service, soit les infrastructures - serveurs, unités de stockage - fournies comme un service), cette révolution fait avant tout la plus large place à de nouveaux usages. Ce n'est pas un hasard si ces usages viennent principalement du grand public (webmail, messagerie instantanée, réseaux sociaux) et que ce sont les acteurs déjà présents sur ces marchés qui figurent aujourd'hui en tête du Cloud Computing. L'informatique de demain sera donc « user friendly » ou ne sera pas... Interface ultime avec l'utilisateur, le logiciel, principal moteur de croissance du Cloud Computing (avec le concept de SAAS, Software as a service, ou logiciel fourni sous forme de service) est évidemment au cœur de cette révolution du « as a service ».
L'écosystème IT se structurera demain différemment d'aujourd'hui, et il est impératif que nous observions attentivement les nouvelles chaînes de valeur qui se constituent pour s'y insérer rapidement. Les plates-formes de services (ou PAAS, Plateform as a service) au sein desquelles s'agrègent de véritables écosystèmes d'acteurs, aujourd'hui principalement outre-Atlantique, pourraient devenir demain des environnements incontournables. A quel prix pour l'industrie du Vieux Continent ? Car nous ne disposons pas en France, et pratiquement en Europe, des centrales numériques à même de distribuer ces services ...
L'informatique de demain sera en effet aussi une industrie lourde, structurée autour de datacenters géants. Nous devrons relever ce défi, sans quoi c'est une révolution industrielle que nous manquerons. Nous savons que la France, et l'Europe, ont besoin d'une politique industrielle, d'un cap qui ne soit pas celui des délocalisations d'emplois industriels et de services (car les seconds vont généralement de pair avec les premiers), mais celui d'une croissance créatrice d'emplois. L'industrie française du logiciel crée deux fois plus d'emplois induits que pour elle-même. Pour elle, le Cloud Computing représente une formidable opportunité car il rebat les cartes entre les acteurs, mais c'est aussi une menace s'il s'avérait que l'absence d'acteurs français et européens ne contraigne de nouveau les éditeurs de logiciels à faire le choix d'un environnement technologique imposé par quelques grands acteurs non européens.
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